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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 08:18
Marche ou greffe ! dans les recommandations de lecture de Pierre faverolle !

Le chouchou du mois de février 2018

par Pierre FAVEROLLE

Revoilà déjà le temps d’élire le chouchou du mois. Et c’est un choix bien difficile pour ce mois-ci, tant les lectures proposées en ce mois glacial de février furent de vrais morceaux de pur plaisir. C’est aussi un mois 100% français (ce qui est un hasard) qui montre que cette année, les éditeurs ont démarré l’année le pied au plancher pour nous proposer d’excellents polars issus du cru.

La seule exception parmi ces romans hexagonaux aura été un roman noir pour ma rubrique Oldies : Rue barbare de David Goodis (Rivages). C’est une redécouverte pour moi, trente ans plus tard. Je n’étais pas fan avant, j’ai été impressionné par l’ambiance noire et déprimée de Ruxton Street et de cet homme qui veut sauver les autres à défaut de se sauver lui-même. Un classique du Noir à ne pas rater.

La seule découverte de ce mois-ci sera à mettre à l’honneur de Les écorchés vifs d'Olivier Vanderbecq (Fleur Sauvage). Premier roman plein de passion, de fureur et de sang, ce pur roman d’action est bourré de qualités et d’ambition. Olivier Vanderbecq se dévoile dans le genre roman d’action, et ses Écorchés vifs sont un hommage aux incontournables du genre. Personnellement, je le range juste à côté des romans de JOB qui signe la préface de ce roman.

Après avoir lu Toxique, je savais que j’allais rapidement lire la suite : Fantazmë de Niko Tackian (Calmann Levy). Si le roman est plus centré sur le personnage de Tomar Kahn, il s’avère un bel hommage envers le cinéma populaire des années 80 et en particulier de Dirty Harry. Cette deuxième enquête confirme que cette série est à suivre de près.

Les trois romans suivants sont écrits par des auteurs que je suis et pour lesquels j’avoue avoir beaucoup de sympathie, d’amour, littérairement parlant, bien sûr. Marche ou greffe ! d'Olivier Kourilsky (Glyphe éditions) est un polar dont la forme est originale et passionnant dans le fond. C’est aussi la construction et la psychologie du personnage principal qui le rend passionnant et impossible à lâcher dès qu’on a lu la première page. Une grande réussite.

Malgré le fait que Dominique Sylvain soit une auteure connue et reconnue, Les infidèles de Dominique Sylvain (Viviane Hamy) a réussi une nouvelle fois à me surprendre. Avec une galerie de personnages hauts en couleurs, Dominique nous met mal à l’aise et nous plonge dans un milieu de menteurs professionnels. Super, vraiment super !

Et puis, je ne pouvais pas ne pas parler du dernier roman en date de Jean-Bernard Pouy. Moi qui ai lu tous ses premiers romans (des années 80 et 90), j’ai adoré retrouver ce style si particulier tout en dérision et jeux de mots. Plongeant dans une actualité brûlante, il nous présente un personnage plongé dans une machination qui fait de ce roman un très bon polar. Ma ZAD de Jean Bernard Pouy (Gallimard-Série Noire) est un roman à lire, bien sur !

Le titre (honorifique) de chouchou du mois revient donc à Xangô de Gildas Girodeau (Au-delà du raisonnable) car après Antonia, ce roman propose à nouveau un formidable portrait de femme, en jouant sur tous les genres et tous les codes pour nous proposer une enquête remarquablement écrite. Gildas Girodeau est décidément un auteur à ne pas rater et les éditions Au-delà du raisonnable une petite maison qui sait découvrir et mettre en avant de nouveaux talents.

J’espère que ce bilan vous aura aidé dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

 
Pierre FAVEROLLE | 28 février 2018 à 19 h 12 min | Étiquettes : Au delà du raisonnable, Chouchou 2018, Gildas Girodeau | Catégories : Chouchou 2018 | URL : https://wp.me/p4WKQv-1nK

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 17:18
Jeudi 8 mars de 13 à 14h à la médiathèque de l'hôpital Tenon (4 rue de la Chine, 75020 Paris, métro Gambetta)

je vous attends avec "Marche ou greffe !" ...

 

 

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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 17:12

Merci à Jean Michel Isebe !

"Marche ou Greffe" d'Olivier Kourilsky

On ne compte plus les réussites d'Olivier Kourilsky dans les polars à prédominance médicale et cette dernière production ne démentira pas un ensemble désormais fort conséquent ! Séverine Dombre qui est devenue à force de ténacité une spécialiste éminente de la néphrologie ( dialyse, greffe rénale) reçoit un jour dans son bureau de l'hôpital trois personnes pour le moins douteuses, manifestement un chef de bande albanais et ses deux gardes du corps qui lui recommandent fermement de passer outre toutes les phases légales d'une greffe , moyennant paiement d'une coquette somme et menace sur sa famille ( elle est divorcée avec un ado de 15 ans dont elle s'occupe trop peu , accaparée par son métier/passion!). Elle va dès lors vivre dans une angoisse permanente, trouver l'occasion de se rapprocher de son fils à l'occasion d'un retour opportun vers leurs origines normandes, obscurcies par un drame historique et des non-dits! Une très belle écriture, un rythme fou, une entrée dans un monde médical trop souvent abscons, l'évocation du thème du trafic d'organes trop peu souvent abordé, le blanchiment d'argent, la porosité entre certaines mafias et un monde médical ouaté, tout dans cet opus est concentré pour complaire au lecteur à la fois avide de connaissances et désireux de découvrir certains dessous parfois pas très reluisants d'un certain monde de mandarins! Et ce dernier twist fondé sur la vengeance à long terme n'est pas fait pour nous déplaire! Encore une belle réussite à mettre à l'actif de cet auteur bien connu dans les salons sous le pseudo " lumineux" ( il me comprendra!) de Dr K.

 

image: http://www.editions-glyphe.com/wp-content/uploads/2017/10/9782352851035-325x475.jpg

Marche ou greffe !

 


Read more at http://polarmaniaque.e-monsite.com/pages/marche-ou-greffe-d-olivier-kourilsky.html#ahuXjh1kJ35ckRHi.99

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26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 10:54

Lis et rêve

Paris, le samedi 24 février 2018 – Le journaliste et le véritable critique littéraire sont des espèces en parfaite contradiction. Le premier est au service de lui-même et ne va rechercher dans le texte que des références faciles qui lui permettront de créer des émotions directes chez ses lecteurs. Le second est au service du texte et s’attèle opiniâtrement à en découvrir ce qui n’affleure pas nécessairement lors d’une lecture brute et sans âme.

Un indice déjà dans le JIM !

L’un des premiers travers du journaliste (qu’il partage néanmoins avec de nombreux autres hominidés) est son orgueil. Il adore avoir raison avant les autres ; avoir su détecter quelque chose qui éclatera demain à la face du monde. Ainsi, interrogions-nous en 2013 le docteur Olivier Kourilsky, auteur de nombreux polars de plus en plus appréciés par les amateurs du genre, et nous évoquions les liens entre la néphrologie, sa spécialité, et l’enquête policière. Le praticien nous répondait : « L’exercice de la médecine en général a des points communs avec une enquête policière… La recherche d’indices, l’interrogatoire (parfois qualifié dans les "questions" de "policier"), l’établissement d’un diagnostic relèvent d’une démarche très proche », nous confiait-il. Comment ne pas ressentir une certaine fierté de voir l’auteur reprendre cette idée dans les colonnes de son dernier opus Marche ou greffe. Quand l’héroïne, Sévérine Dombre, fait part de ses différentes déductions à son amant et ami policier Quentin Bartoldi, ce dernier la félicite : « - Tu aurais dû entrer dans la police (…). - Tu sais, le diagnostic médical, c’est souvent une enquête de police : recherche d’indices, confrontation des données ».

Transmission de convictions d’auteur à héroïne

L’un des seconds travers du journaliste (qu’il partage peut-être un peu moins avec les autres hominidés) est de ne pas pouvoir s’empêcher de rechercher des échos. Ainsi, ne peut-il pas lire un ouvrage sans vouloir retrouver la trace de l’auteur ou de ses opus précédents. Avec Marche ou greffe, la quête était facile. L’héroïne, Séverine Dombre est en effet néphrologue à l’instar du docteur Olivier Kourilsky. Si quasiment tous les ouvrages du praticien font des allusions à l’univers médical, si certains autres opus avaient pour héros des médecins et si la néphrologie s’était déjà invitée dans ses lignes (que l’on pense au professeur Banari dans Homicide post mortem), jamais probablement le miroir n’avait été aussi marqué (en dehors du sexe du personnage !). Les pages sur les critiques qu’ont dû essuyer les néphrologues, les réflexions sur les limites de la greffe de donneur vivant (en s’appuyant sur des anecdotes véritables) et les allusions à des pressions un peu trop cavalières de la part d’associations de patients, font clairement référence à des préoccupations récurrentes du praticien. N’enlevant rien à la force du polar, elles permettent au contraire d’offrir au docteur Séverine Dombre une véritable stature, celle d’un praticien qui ne se contente pas d’exécuter, mais qui exerce son métier avec une véritable conscience, ce qui n’est pas sans lien avec les difficultés auxquelles elle devra faire face. Ce n’est pas la première fois que l’expérience personnelle du docteur Kourilsky est utilisée avec justesse dans un de ses livres, le drame des IVG clandestines avait déjà été évoqué dans l’un de ses premiers romans.

L’incontournable Claude Chaudron

Outre les échos entre l’auteur et le personnage, on retrouve dans Marche ou greffe de nombreux liens avec les ouvrages précédents d’Olivier Kourilsky, ce qui en plus de ravir le journaliste en manque de facilités, séduira évidemment les amateurs du genre toujours friands de ce type de rappel. D’abord est présente l’équipe de policiers habituelle autour de Claude Chaudron, mélange habile d’efficacité, de fermeté, mais aussi de douceur et d’humanité, qui sait tirer de chacun de ses collaborateurs le meilleur en leur passant leur petit travers (notamment au dénommé Pivert !). En outre, ce qui n’est pas la première fois, Olivier Kourilsky nous offre une ballade sans artifice entre présent et passé ; échos intriqués et intrigants qui atteignent ici une maîtrise parfaite.

Petits cailloux

Mais si l’on accepte pour quelques instants de se défaire de ses lunettes grossissantes de journaliste et de se concentrer d’abord sur le texte, on découvre d’autres trésors. D’abord, et c’est l’essentiel sans doute pour un roman policier, l’intrigue tient en haleine. L’auteur sème, sans avoir l’air de rien, avec son écriture simple et légère à lire, de multiples indices qui demeurent parfaitement à l’esprit comme des aiguillons, telle l’ouverture du roman évoquant l’exécution par les Allemands pendant la guerre d’une vingtaine d’otages dans un village et dont un réchappe miraculeusement. Irrémédiablement, le lecteur demeure constamment tendu par le souvenir de cet épisode tout en découvrant une nouvelle fois intrigué une trame apparemment sans rapport : le harcèlement de plus en plus oppressant d’une néphrologue par un groupe de mafieux albanais afin qu’elle procède à une greffe de rein (à partir d’un donneur vivant miraculeusement trouvé) sur leur patron muet et très mal en point.

Femme libre et complexe

Si l’on retient son souffle, c’est également grâce aux personnages. Si le groupe de mafieux albanais relève volontairement de la caricature de bande dessinée (avec notamment les deux mastards gardes du corps quasiment indissociables, hormis la couleur de leurs yeux ce qui leur vaut par Séverine Dombre in petto les surnoms de Dark Ice et Black Ice), si certains policiers se plaisent à répondre aux clichés du genre (comme le machisme de Pivert), Séverine Dombre offre une belle complexité. Réussissant l’exploit (mais ce n’est pas la première fois) de se glisser dans la peau d’une femme (même si le roman n’est pas à la première personne et que ce n’est pas toujours son point de vue qui est privilégié c’est principalement avec elle qu’on vit l’histoire) et révélant à cet égard une véritable âme féministe, Olivier Kourilsky dessine un personnage qui fait naître un attachement progressif chez le lecteur. Si l’on n’est pas immédiatement attendri par celle qui après avoir connu une enfance sans affection préférera, masquant ses fêlures intérieures, se détacher de son fils pour se consacrer à sa carrière, on ne peut en effet que vibrer avec elle quand on devine cette femme libre à la fois démolie et plus puissante que jamais face aux épreuves qui lui font prendre conscience de la force du lien maternel. Sur ce point encore, on ne s’en tient pas uniquement à l’instinct, mais également à l’importance de la découverte d’un fil commun entre deux êtres.

Ainsi, l’enquête policière fait-elle écho à une intrigue psychologique qui donne à ce neuvième roman d’Olivier Kourilsky une épaisseur semblable au plaisir qui nous tient ferré pendant la lecture.

Olivier Kourilsky, Marche ou greffe, Editions Glyphe, 269 pages, 16 euros

Aurélie Haroche

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24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 10:26

nous vous attendons  dans ce lieu historique !

 

 

 GROUPEMENT DES  ECRIVAINS MEDECINS                G.E.M

 

                                      INVITATION  - SALON  LITTERAIRE

                  

                                                 Entrée Gratuite

 

                                    

                      

 

 

             Le PROCOPE      13, rue de l’Ancienne Comédie  -75006 PARIS –

 

                                  Café littéraire, chargé d’histoire, fondé en 1686, fréquenté entre autres par

La Fontaine, Molière, Voltaire, Rousseau et le lieutenant Bonaparte qui laissa son chapeau bicorne en gage.

                 « Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux  » François-Marie Arouet   dit  Voltaire                                                                 

                                                                    

  La Direction du plus ancien Café Littéraire de Paris, Le Procope et le Groupement des Ecrivains Médecins sont heureux de vous convier au Salon du Livre où seront présentés et dédicacés : Romans, récits d’aventures vécues, essais, nouvelles, poèmes et autres genres…

 

 

                   Le  Samedi  3 Mars 2018 de 15h 00 à 18h 00

 

   Seront présents pour dédicacer leurs ouvrages :

 

   Les Docteurs :Dominique Berthelot Marc BOURICHE – Jean-Pierre BRUNET - René BOKOBZA – Pierre-Louis CHOUKROUN -  Sharon DESLIGNERESVera KITOVA - Olivier KOURILSKY– Bernard LEBLANC - Philippe LE DOUAREC – Francis LOUIS  – François NAUDY– Didier NEBOT -  Claude-Alain PLANCHON Suzanne RAFFLE  - Maurice SOUSTIEL - Paul ZEITOUN

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 09:33

Marche ou greffe! - Olivier Kourisky

Publié le par Jean Dewilde

 

Voici un polar qui ravira tous les amateurs du genre et j’en suis. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il écrit avec Marche ou greffe ! son neuvième roman mais c’est le premier dont j’ai le plaisir d’écrire la chronique. Médecin néphrologue et directeur du service de dialyse-néphrologie de l’hôpital d’Évry, il connaît sur le bout des doigts le domaine dans lequel il développe son intrigue. Car c’est bien d’une transplantation rénale qu’il s’agit dans Marche ou greffe !

Séverine Dombre est responsable d’un service de transplantation rénale dans un grand établissement parisien. Fille unique, née en 1970, elle a perdu son père alors qu’elle n’avait que deux ans et sa mère dix-huit ans plus tard d’un cancer. Elle n’a jamais quitté l’appartement de son enfance rue La Fayette. C’est un peu par accident qu’elle s’est retrouvée enceinte de Vincent, son fils qui a aujourd’hui seize ans et qui, fait rare à l’époque, avait été confié à son père, Michel Chaumey, assureur de son état. Séverine n’avait ni le temps ni l’envie de s’embarrasser d’un mioche, seule comptait pour elle son ascension professionnelle.

Elle ne le sait pas mais sa vie bascule lorsque se présente à sa consultation un trio peu loquace. Un homme manifestement malade, entouré de deux malabars avec pour seule demande, non négociable, la greffe d’un rein. Monsieur Dibra ne parlant pas français, la traduction est formulée par ses interprètes. Séverine a beau faire, elle leur explique, sèchement d’ailleurs, que la greffe est un acte médical très strictement réglementé en France, elle leur expose le coût exorbitant d’une transplantation rénale et les risques inhérents à la greffe d’organes sans oublier d’évoquer le délai d’attente et la rareté d’un donneur compatible, rien n’y fait. L’argent ne semble pas constituer un frein et le donneur, c’est à croire qu’ils l’ont sous la main.

Contre toute attente, les examens préliminaires sont effectués dans un laps de temps record, tous les documents légaux sont produits, le passage devant un comité d’éthique ne soulève aucun problème particulier, il est même raisonnablement envisageable que le patient, Monsieur Dibra soit greffé avant de devoir être dialysé. Séverine, sidérée dans un premier temps par l’arrogance et l’aplomb des accompagnateurs de Monsieur Dibra, fait rapidement l’objet de menaces à peine voilées. Des événements troublants se produisent, le vol de sa carte bleue dans une grande surface, l’assassinat en plein jour et sous ses yeux d’un technicien de laboratoire. Séverine comprend qu’elle est tombée dans les filets d’un gang mafieux albanais et qu’elle n’a qu’une option : tout faire pour que cette greffe réussisse.

La vie est ainsi faite qu’elle nous fait parfois commettre des actes qui pourraient être qualifiés de déplacés ou décalés au vu des circonstances. C’est effectivement au plus fort des tensions et de la pression que Séverine emmène son fils Vincent pour le week-end de l’Ascension sur les plages du débarquement. Séverine découvre en Vincent un ado tout en finesse, intéressé, voire passionné. Le dimanche, elle lui annonce qu’elle aimerait beaucoup faire un crochet pour se rendre dans le village où ses grands-parents et parents ont vécu. Jusque là, elle n’en avait jamais ressenti l’envie et le besoin Elle s’attendait au minimum à un « pas envie » ; Vincent, au contraire, est tout bonnement enchanté. Ce qu’ils apprendront à Delaiseville est tout simplement tragique, ahurissant. Mère et fils rentrent sur Paris, Vincent sans aucun doute le cœur plus léger que sa mère. 

Séverine découvre sur le tard cet amour maternel pour son fils. Quand Vincent est enlevé quelques jours après leur périple en terre normande, elle est complètement anéantie et coincée en ce sens que les ravisseurs lui intiment de ne pas alerter la police. Elle a d’ailleurs ordre de n’en parler à quiconque. La police pourtant enquête sur le meurtre du technicien de laboratoire évoqué plus haut et sur le meurtre d’un jeune Albanais. Celles et ceux qui suivent les polars du docteur K. connaissent le commandant Claude Chaudron et son équipe. Une équipe qu’on sent soudée et bien rôdée.

De nombreux thèmes chers au roman policier se retrouvent dans ce seul Marche ou greffe ! Meurtres ou exécutions, enlèvement ou prise d’otage, chantage, trahison, vengeance. L’auteur manie et manipule tous ces ingrédients avec une apparente aisance, une facilité déconcertante avec pour effet immédiat, un roman très fluide, très homogène. A aucun moment, comme cela peut arriver parfois, le lecteur ne doit aller voir en arrière pour comprendre ou s’assurer d’un élément, d’un fait. C’est évidemment la griffe d’un auteur qui maîtrise son sujet que de nous offrir un texte aussi lumineux, clair et limpide.

A un moment ou l’autre, le lecteur se demandera en quoi les événements dramatiques qui ont marqué le petit village de Delaiseville en juin 1944 pourraient avoir un lien avec l’intrigue qui se déroule en plein Paris en 2017. Je ne vous donne pas la clé, bien sûr mais la révélation vous fera à peu près le même effet qu’une gifle sur l’oreille et ça fait très mal, une gifle sur l’oreille.

L’auteur a choisi d’affubler les deux hommes de main albanais des sobriquets de Blue Ice et Dark Ice, en rapport à leur couleur d’yeux. Plus exactement, c’est à l’esprit de Séverine que viennent ces surnoms lors de sa première rencontre avec les mafieux. J’aurais préféré qu’ils soient nommés par leurs prénoms, respectivement Ditmir (Mikullova) et Sukalem (Daci). Puisque ce sont des ordures, autant ne pas les personnaliser avec ces alias certes sympathiques mais totalement superflus.

Je referme cette chronique en vous recommandant la chronique follement  enthousiaste de Pierre Faverolle : (https://blacknovel1.wordpress.com/2018/02/14/marche-ou-greffe-dolivier-kourilsky/).

 

Marche ou greffe !

Olivier Kourilsky

Éditions Glyphe 2018

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 16:25
 

Marche ou greffe ! d’Olivier Kourilsky

Editeur : Glyphe éditions

Cela fait maintenant quelques années que j’ai la chance de lire les romans du Docteur K., comme il se surnomme, qui suivent les enquêtes de l’équipe du commandant Chaudron, en alternant les personnages mis en avant, selon les histoires. La force de cet auteur est de créer des intrigues originales dé-corrélées les unes des autres, ce qui fait qu’on peut les lire indépendamment les unes des autres.

Le docteur Séverine Dombre est une néphrologue (dont la spécialité est les maladies de reins) reconnue. Elle a clairement mis sa profession au cœur de sa vie et ne voit jamais son fils, Vincent, qui est élevé par son père. Ce matin là, elle reçoit un homme âgé accompagné de deux gardes du corps qu’elle surnomme Black Ice et Blue Ice, en rapport avec la couleur de leurs yeux. M.Dibra est Albanais et est prêt à tout pour se faire greffer un rein, quitte à prendre en charge la totalité des frais chirurgicaux.

Outre la rapidité avec laquelle M.Dibra obtient ses résultats médicaux, Séverine va subir quelques désagréments qui vont faire monter la pression. Elle est tout d’abord convoquée par le service de Répression des fraudes qui l’accusent de favoriser un laboratoire pour l’achat d’azote. Puis on lui vole sa carte bleue. Au poste de police, elle reconnait son agresseur sur la vidéo du guichet de retrait. Et le lendemain, c’est un homme abattu d’une balle de .22 Long Rifle qui l’attend à l’hôpital, dans lequel elle reconnait son voleur.

Les déboires ne s’arrêtent pas là quand M.Dibra débarque dans son bureau, en lui annonçant que le jeune homme abattu est compatible avec lui pour sa greffe. Séverine ne comprend pas comment il a pu obtenir ces résultats plus vite qu’elle, mais elle a bien reçu le message : M.Dibra est prêt à tout pour faire cette greffe au plus tôt. Et elle n’est pas suffisamment armée pour faire face à quelqu’un dont elle soupçonne de faire partie de la mafia albanaise.

Si ce roman est à classer du coté du roman policier, le fait que le personnage principal soit Séverine Dombre en fait plutôt un polar, construit d’une façon à nouveau fort originale. Et c’est bien ce personnage féminin qui va rendre ce roman bigrement prenant. Sa psychologie n’est pour autant pas lourde à lire, mais brossée par petits traits, sans nous imposer de conclusions évidentes, à nous lecteurs.

Ce que j’ai aimé avec ce personnage, c’est sa complexité en même temps que ses contradictions, passant d’une personne froide et distante à une femme se découvrant mère vis-à-vis de Vincent. Il en est de même pour les flics qui vont intervenir tardivement dans le roman. Psychologiquement, c’est impeccablement fait.

C’est surtout la façon de mener l’intrigue qui est remarquable ici. Menée par Séverine, les rebondissements sont nombreux, et le style acquiert une efficacité qui, dès les premières pages, impose un rythme et une tension qui rendent ce roman prenant. Vous connaissez le syndrome du voyageur en transports en commun qui est content quand il y a des problèmes dans le RER qui vont rallonger son temps de parcours de 15 à 20 minutes ? Vous connaissez le syndrome du cinglé qui rate (volontairement ou non, nul ne le saura) quelques stations pour allonger son temps de lecture ? Ou bien celui du fada qui fait deux fois le tour du paté de maison avant de rentrer chez lui pour finir son chapitre ? Eh bien, il m’est tombé dessus tout cela à la fois, auxquels je rajoute les deux heures de sommeil qui m’ont manqué pour finir le livre. Eh oui, vous avez bien lu : j’ai lu ce roman en une journée et cela ne m’était pas arrivé depuis un certain temps. C’est vous dire si c’est un excellent roman prenant !

Ne ratez pas les avis de L’oncle Paul et de Claude

 
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 16:13

Olivier Kourilsky, Marche ou greffe !

Un polar à l’intrigue subtile

Le Doc­teur Oli­vier Kou­rilsky qui place ses intrigues dans les uni­vers de la néphro­lo­gie et de la Cri­mi­nelle connaît bien ces deux mondes, Cela se res­sent à la lec­ture de ses romans, tant il y déve­loppe un cli­mat empreint de réa­lité.
Séve­rine Dombre, pra­ti­cienne en néphro­lo­gie dans un hôpi­tal pari­sien, a un mau­vais pres­sen­ti­ment quand elle accueille Adrian Dibra. Celui-ci est accom­pa­gné de deux mas­tards qui se disent inter­prètes mais semblent plu­tôt être des gardes du corps. Après l’avoir exa­miné, elle décrit les condi­tions de la mise en place d’une dia­lyse. Mais “l’interprète” rétorque qu’ils sont là pour une greffe. Séve­rine expose le pro­ces­sus plus com­pli­qué et le délai, tou­jours long, de l’attente d’un don­neur com­pa­tible. Pour eux, le côté finan­cier, comme le don­neur, ne sont pas des pro­blèmes. Ils partent et Séve­rine pense les avoir dis­sua­dés.
Or, trois semaines plus tard, le trio lui pré­sente un dos­sier presque com­plet, réfute tous les argu­ments et la force à fixer un rendez-vous. En par­tant, l’un d’eux lui demande la plus grande dis­cré­tion car : “…regret­table que votre fils Vincent ait acci­dent imprévu…”. Ce fils de seize ans, elle ne s’en occupe guère. Si sa vie pro­fes­sion­nelle est brillante, sa vie sen­ti­men­tale et fami­liale est à la dérive. Mais le savoir en dan­ger fait remon­ter des sen­ti­ments igno­rés. Aussi, quand il arrive le samedi, elle l’accueille avec cha­leur, un accueil dont Vincent ne revient pas. Le week-end se déroule dans les meilleures condi­tions sans remarques agres­sives ni disputes.

Quelques jours après, elle est convo­quée par la Répres­sion des fraudes, une lettre ano­nyme l’accusant d’avoir favo­risé une société pour un achat de maté­riel hos­pi­ta­lier. Puis, le ser­vice des cartes ban­caires l’appelle, intri­gué par des ten­ta­tives de retraits impor­tants à des dis­tri­bu­teurs. Elle revoit alors la scène, dans le super­mar­ché où elle ache­tait de quoi rece­voir Hubert son amant occa­sion­nel de vingt ans son aîné. Elle s’est fait voler sa carte. Le jeune poli­cier qui l’accueille quand elle porte plainte se montre fort aimable et motivé.
Son inquié­tude monte d’un cran quand elle recon­naît son voleur en état de mort cli­nique avec une balle de 22 dans la tête, au ser­vice réa pour un pré­lè­ve­ment de rein. Puis, on lui pirate son télé­phone. Elle assiste à l’assassinat d’un tech­ni­cien du centre des pré­lè­ve­ments. Et elle n’est pas au bout de ses peines…

Dans ce nou­veau livre, le neu­vième, Oli­vier Kou­rilsky pro­pose le por­trait d’une héroïne par­ti­cu­liè­re­ment atta­chante. C’est une femme brillante pro­fes­sion­nel­le­ment qui s’est atta­chée à son métier, une voca­tion, presque un sacer­doce, à cause de situa­tions vécues pen­dant l’enfance. Elle délaisse alors d’autres sen­ti­ments. Elle a fait un enfant, mais celui-ci ne l’intéresse guère et les liens avec le père ont été rom­pus rapi­de­ment. Elle entre­tient, en femme libre, des rela­tions épi­so­diques, sans len­de­mains. Pour­tant cette femme forte va se trou­ver rapi­de­ment cer­née, espion­née, prise dans un piège qui semble impa­rable, sauf à pas­ser par les volon­tés d’un groupe mafieux.
Le roman­cier déve­loppe, autour de son intrigue prin­ci­pale, des intrigues secon­daires, tel un com­plot dans l’hôpital, la révé­la­tion de secrets de famille en Nor­man­die… Les acteurs de la Cri­mi­nelle tissent un lien entre les dif­fé­rents romans de l’auteur. Oli­vier Kou­rilsky rap­pelle des per­son­nages déjà ren­con­trés dans ses pré­cé­dents romans. Ainsi, on retrouve le com­man­dant Claude Chau­dron par le biais de l’enquête sur l’assassinat dont l’héroïne a été le témoin. Cepen­dant, ces retours n’entravent pas la com­pré­hen­sion du récit tant ils se font de façon expli­cite, sans qu’il soit néces­saire d’avoir lu les pré­cé­dents romans.

Le roman­cier, avec sa connais­sance appro­fon­die de la néphro­lo­gie, dépeint les soins, les pro­cé­dures de mise en place, en France, des dia­lyses et des greffes. Il le décrit de manière fort com­pré­hen­sible, expli­ci­tant les rai­sons du choix de telle ou telle méthode. Il per­met de se faire une opi­nion quant à la polé­mique entre­te­nue au sujet des diag­nos­tics orien­tés. L’auteur a un don bien par­ti­cu­lier pour choi­sir ses titres, des titres qui sont tou­jours très évo­ca­teurs avec un clin d’œil humo­ris­tique.
Le volume est com­plété par Mon meilleur ami, une nou­velle parue pré­cé­dem­ment dans le qua­trième recueil des Pon­tons flin­gueurs, mais rema­niée pour la pré­sente édition.

Une fois encore Oli­vier Kou­rilsky offre une intrigue ingé­nieuse ser­vie par une écri­ture effi­cace, un style enlevé et un rythme sou­tenu qui entraîne, mal­gré lui, le lec­teur plus avant dans le dérou­le­ment des maintes et maintes péripéties.

serge per­raud

Oli­vier Kou­rilsky, Marche ou greffe !, Édi­tions Glyphe, coll. “Polars et thril­lers”, jan­vier 2018, 272 p. — 16,00 €.

 

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 15:14
 
28 janvier 2018

Le docteur Séverine Dombre est néphrologue à l’hôpital Tenon, à Paris. Un métier exigeant qui n’explique pas vraiment que sa vie soit un désert affectif. Ça remonte sans doute au décès suspect de son père, quand elle était toute petite. Depuis, elle ne montre plus guère ses émotions. Séverine est la mère de Vincent, seize ans, mais c’est le père qui élève leur fils par ailleurs. Sa relation intime avec Hubert Pélissié, chef d’entreprise âgé de soixante-six ans, n’est que ponctuelle et pourrait sembler œdipienne. Gardant une certaine distance envers les autres, elle apparaît satisfaite de faire passer sa profession avant sa vie privée.

Séverine reçoit un nouveau patient ayant besoin d’une greffe de reins. Cet Albanais est accompagné de deux sbires, plutôt gardes-du-corps que traducteurs. Elle souligne que les procédures médicales et les règles légales sont strictes en France, que les délais d’attente sont généralement longs. Ce qui ne déroute pas du tout ses interlocuteurs, prêts à payer de grosses sommes pour accélérer les choses. Ils obtiennent tous les justificatifs exigés, non sans faire peser une pression forte sur Séverine. Elle va devoir répondre d’une fausse accusation devant la Répression des Fraudes. Puis il se produit un incident, quand sa carte bancaire est dérobée. Peu après, le voleur est abattu dans un règlement de comptes. Hospitalisé à l’hôpital Tenon, il ferait un donneur d’organes compatible avec l’Albanais.

Surtout, Séverine s’inquiète pour son fils Vincent. L’entourage du patient étranger est très bien renseigné sur ses proches et elle-même, y compris sur les moyens de la contacter hors du milieu hospitalier. Elle pense que ça peut résulter d’une vengeance contre elle, au sein de son service. Lorsque Séverine assiste à l’exécution d’un nommé Marmont, qui fait partie de la sphère médicale, probable complice des Albanais, c’est bien la preuve que la menace plane aussi sur elle. Séverine se rapproche de son fils, emmenant Vincent en week-end sur la côte normande. Outre les sites du Débarquement, c’est le petit village de Delaiseville qui intéresse la jeune femme. C’est de là qu’était originaire son père, qu’elle n’a quasiment pas connu. Une bourgade qui traversa des heures sombres à la Libération.

L’équipe des policières Claude Chaudron et Nathalie Machaut, de la Criminelle, a lancé son enquête sur le meurtre de Roger Marmont. Étant une des dernières à l’avoir rencontré, Séverine est interrogée, et bientôt mise sous surveillance. Si on y ajoute le cas du voleur de carte bancaire, trop de morts violentes autour d’elle, estime la police. Dans le même temps, les Albanais sont de retour dans le service de Séverine, disposant d’un "donneur vivant" pour la greffe. Tout serait en ordre, mais le patient est trop faible et elle est obligée de reporter l’intervention. Face à ce retard, les Albanais vont augmenter la pression, s’en prenant à Vincent – c’était à craindre. Si Séverine doit réagir en prenant les bonnes décisions, les policiers ne sont pas inactifs non plus…

Olivier Kourilsky : Marche ou greffe ! (Éd.Glyphe, 2018)

Le technicien, qui semblait porter tous les malheurs du monde sur les épaules, se dirigeait vers l’avenue Parmentier. Il allait sûrement prendre le métro. Séverine accéléra le pas pour l’aborder. Elle avait prévu de l’attaquer de front, comme si elle était au courant de tout, pour le déstabiliser. Ce Roger ne lui paraissait pas bien solide.
Au moment où elle arrivait à quelques mètres de lui et s’apprêtait à l’appeler par son nom, une moto chevauchée par deux individus portant un casque intégral s’approcha du trottoir. Le passager arrière tendit un bras vers Roger. Séverine entendit deux violentes détonations. La tête du technicien explosa, le sang jaillit et l’homme s’effondra. "Sûrement pas un calibre 22", eut-elle le temps de se dire. La moto repartit dans un rugissement et disparut en quelques secondes sans qu’elle puisse relever son numéro. Des cris s’élevèrent.
Séverine s’éloigna au plus vite du lieu de l’assassinat. Elle n’avait pas du tout envie d’être interrogée. Roger était mort et elle savait qui étaient les commanditaires.

Voilà un roman qui fourmille de qualités. Le lecteur de polars apprécie quand l’auteur s’est attaché à soigner la construction de l’intrigue. Avec Olivier Kourilsky, le perfectionnisme est de rigueur en la matière. D’autant que, s’agissant ici de son 9e titre, il maîtrise les rouages de l’histoire avec l’aisance qu’apporte une expérience certaine. Avec limpidité, il présente les portraits des protagonistes, et les faits auxquels est confrontée son héroïne. L’esquisse psychologique, basée sur son passé, est amplement suffisante pour que l’on entre rapidement avec elle dans l’action, pour partager sa dose d’anxiété.

Si l’ambiance de ce "polar médical" est 100 % crédible, c’est avant tout parce que Olivier Kourilsky connaît parfaitement le contexte. Sa biographie nous rappelle qu’il fut longtemps l’assistant du professeur Gabriel Richet à l’hôpital Tenon avant de prendre, en 1982, la direction du service de néphrologie-dialyse du tout nouvel hôpital d’Évry. Le métier du docteur Séverine Dombre et l’univers hospitalier n’ont donc pas de secret pour lui. C’est un atout non négligeable, pour évoquer un milieu avec réalisme. Ensuite, viennent des situations issues de la fiction, improbables mais néanmoins imaginables. Concernant l’épisode dramatique au village de Delaiseville, on est également proches d’événements qui se sont vraiment déroulés, en Normandie ou ailleurs en France.

Un suspense solide, riche en péripéties et en risques encourus, raconté avec une fluidité exemplaire. Un roman que l’on prend grand plaisir à lire !

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 20:14

 

28 janvier 2018

Bonjour madame, c’est pour une greffe

Je viens acheter un cœur,

Pas trop neuf, pas trop vieux

Un peu sucré, un peu salé,

Exinstas

Olivier KOURILSKY : Marche ou greffe !

Néphrologue à l’hôpital Tenon, à Paris, Séverine Dombre possède un foie, deux reins et un cœur comme tout le monde. Mais son cœur, contrairement à ses autres organes, est en capilotade.

Son parcours affectif et amoureux est semé d’obstacles. Elle a perdu son père dans un accident de la circulation, alors qu’elle n’avait que deux ans. Peut-être est-ce pour cela qu’elle prend souvent des amants plus vieux qu’elle. Des amants jetables comme les rasoirs ou les papiers mouchoirs. Ils ne restent pas longtemps dans son lit, et elle en change plus souvent que de slip.

Toutefois depuis quelques mois elle sort épisodiquement avec Hubert, un sexagénaire président d’un groupe spécialisé en logiciels d’analyse et de simulation. Elle a un gamin de quinze ans, Vincent, qu’elle a eu presque par hasard, dont la garde a été confiée à son père. Mais son adolescent, elle ne le voit qu’une fois pas mois, et encore. Ils ne communiquent guère.

Cela aurait pu durer encore longtemps si des clients spéciaux ne s’étaient un jour invités dans son service afin d’obtenir une consultation.

Un vieil homme du nom de Dibra, un Albanais qui ne parle pas le français, est accompagné de deux colosses qu’immédiatement Séverine Dombre surnomme en elle-même Dark Ice et Blue Ice à cause de la couleur de leurs yeux, de leur air froid et impénétrable. Dibra veut absolument se faire greffer un rein, mais la néphrologue a beau arguer que cela ne se passe pas comme ça, d’un coup de baguette magique, rien n’y fait il n’en démord pas. Enfin, c’est l’un des deux gardes du corps qui sert d’interprète, et Séverine explique qu’il faut appliquer un protocole, que les listes d’attentes sont à respecter, qu’il faut un donneur, que des examens sont à réaliser, et que bien d’autres précautions sont à prendre, rien n’y fait. Une grosse somme d’argent lui est même proposée, mais elle ne mange pas de ce pain là.

Pourtant elle pressent des fuites dans son service et ses deux responsables ont touché sans vergogne des enveloppes destinées soi-disant à des œuvres caritatives. Un policier d’un commissariat de quartier la contacte, l’informant que des tentatives de retraits ont été signalées et elle se rend compte qu’elle s’est fait voler sa carte bancaire. Puis un homme arrive à point nommé dans son service pour faire office de donneur. Il a été abattu d’une balle de 22 long rifle dans la tête, une arme peu usitée chez des truands. Puis un technicien du laboratoire d’histocompatibilité de Saint-Louis, un collègue qu’elle est allé voir afin de déterminer la compatibilité entre donneur et receveur, se fait abattre en pleine rue par deux motards.

Et comme sil elle n’avait pas compris qu’il lui faut absolument procéder à cette greffe de rein, des menaces pèsent sur son fils Vincent. Elles pèsent même si fort qu’il est enlevé.

 

En compagnie de Quentin, le jeune policier qui l’avait contactée à propos de sa carte et qu’elle trouve à son goût, penchant partagé par le jeune homme, Séverine va tout faire, enfin ce qu’elle peut, pour retrouver son fils tout en essayant de découvrir d’où peuvent provenir les fuites. Elle soupçonne certain(e)s de ses collègues, tenter de démêler cet imbroglio, tandis que des membres de la Criminelle, dirigée par la commandant Claude Chaudron et qui enquêtent sur l’agression mortelle du technicien, vont croiser son chemin, un peu grâce à Quentin.

 

Si l’on retrouve avec plaisir l’équipe de Claude Chaudron, c’est indéniablement la figure de Séverine Dombre, et par ricochet celle de son fils Vincent, qui prédomine.

Séverine est une femme forte, dans son domaine médical et elle ne se laisse pas monter sur les pieds, que ce soit de la part de ses collègues ou de sa hiérarchie. Mais dans le privé, elle est déboussolée. Sa vie affective est gravement atteinte et il lui faudrait une greffe de cœur, car tel le papillon elle butine à gauche et à droite. Ses relations avec son fils sont épisodiques, voire absentes, et elle ne l’accueille chez elle qu’avec une certaine réticence.

Pourtant cet épisode, l’enlèvement de Vincent, va déclencher en elle comme une forme de rédemption, une révélation, et alors qu’il disparait, il va lui manquer dans sa chair et son cerveau. Et par voie de conséquence, cela rejaillit aussi sur Vincent qui se met à apprécier cette femme qui se déclare sa mère mais ne s’en est jamais occupé.

L’enquête prend un tournant lorsqu’elle se rend en compagnie de Vincent en Normandie, non loin de Bayeux, dans le village natal de son père et grand-père. Et elle découvre tout un pan de l’histoire de sa famille qu’elle ignorait, et qui remonte lors du Débarquement des Alliés. Un secret familial et un épisode meurtrier dont les habitants de Delaiseville, ce petit village du bocage bajocasse, gardent encore en mémoire, comme une déchirure.

Le docteur Olivier Kourilsky étant néphrologue connait fort bien le milieu qu’il décrit, mais ce n’est pas pour autant que les scènes d’interventions hospitalières encombrent le récit. Elles se greffent avec justesse et le lecteur ne se sent pas perdu dans les techniques chirurgicales et travaux pratiques élémentaires de préparation.

Si la couverture rend bien cette double atmosphère d’hôpital et de truands, le titre en lui-même est particulièrement bien trouvé. Un jeu de mot qui pourrait prêter à sourire lorsque l’on ne connait pas le contexte de l‘intrigue, mais qui est en réduction la trame du roman.

Ce roman est suivi de Mon meilleur ami, une nouvelle publiée dans le quatrième recueil des Pontons flingueurs mais qui a été remaniée pour l’occasion.

 

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  • médecin chef du service de néphrologie dialyse au centre hospitalier sud francilien de 1982 à 2009, j'écris des romans policiers médicaux (  9 parutions depuis 2005...)
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